Tous mobilisés pour que Nora ait des papiers

17 mars 2009

Depuis maintenant deux semaines, un homme, que les Tourangeaux appellent « le papa de Nora », a entamé une grève de la faim, d'abord place Jean Jaurès, puis devant la préfecture. Il se bat pour que sa petite fille de quatre ans, adoptée en Algérie, obtienne des papiers.

Aujourd'hui, le papa a craqué. Sa fille n'est reconnue par aucun organisme, donc les parents ne touchent aucune aide, aucune allocation. Elle ne peut pas aller à l'école, donc la maman a dû quitter son travail pour s'occuper de l'enfant. Les parents ont du mal à s'en sortir et n'en peuvent plus de se battre face à un préfet qui semble faire la sourde oreille. C'est sans doute pour cela que ce 17 mars, le papa de Nora a opté pour une action forte : il a décidé de s'immoler.

Seulement, après la mise en pratique de cette solution qui devait lui paraître radicale, l'homme n'a pas été conduit à l'hôpital mais au commissariat de police. Cette nouvelle a retentit dans la ville, et a fait énormément de bruit à la faculté des Tanneurs. Des étudiants suivaient le papa de Nora depuis le début de son combat. Aujourd'hui, à 15h30, ils accourent dans l'amphithéâtre Thélème, où une assemblée générale a lieu pour décider de la suite du mouvement étudiant, toujours d'actualité. Suite à leur annonce, la réunion prend rapidement fin. Tout le monde sort, direction la préfecture.

Arrivés devant celle-ci, les étudiants se retrouvent devant des portes closes, et aperçoivent des policiers dans la cour. Ils se mettent alors à crier : « Des papiers pour Nora ! Des papiers pour Nora ! », puis « Préfet, police, gardiens des lois racistes ! ». Le ton monte, les jeunes veulent exprimer le grand soutien qu'ils accordent au papa de la petite fille. Ils secouent le grand portail de la préfecture, demandent au préfet de sortir. Mais en vain. C'est alors qu'un jeune homme se détache du groupe et escalade le mur qui englobe le bâtiment. Une fois en haut, il se tourne pour parler à tous ses camarades puis s'approche du drapeau français, hissé. A peine l'a-t-il touché que, derrière lui, surgit un immense nuage de gaz lacrymogène qui l'oblige à descendre et qui se répand avec le vent sur les autres mobilisés.

Tout le monde se disperse, tout le monde tousse. La gorge brûle, le nez pique, les yeux deviennent rouges. Certains se mettent à pleurer. Des insultes jaillissent. La colère s'envenime. Les étudiants reviennent encore plus énervés et se mettent à hurler de plus belle. « Comment ont-ils pu faire ça ? », entend-t-on, « On ne faisait rien de mal », « Ils auraient pu nous prévenir, un petit 'attention' aurait été le bienvenu ». « Ce n'est pas de la fumée qui va nous faire arrêter ! », s'exclame une jeune fille. Et ses paroles sont tout à fait justes ; les étudiants des Tanneurs restent devant la préfecture pendant deux bonnes heures.

Enfin, après avoir appris que le papa de la petite fille allait être transféré à l'hôpital psychiatrique sous l'ordre du préfet de Tours, ils décident de se retrouver le lendemain, à 14h, place Jean Jaurès, pour une manifestation de soutien à la famille de Nora. Il faut juste espérer que le cortège restera calme et qu'aucune vengeance envers les policiers ne sera envisagée.
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# Posté le mardi 24 mars 2009 13:40

Réouverture puis fermeture immédiate du site des Tanneurs

10 mars 2009

Aujourd'hui, le site des Tanneurs rouvrait ses portes, mais, à la grande surprise des étudiants, cela s'est produit en compagnie de vigiles, engagés par le Président de l'Université, Loïc Vaillant. Celui-ci avait décidé de pratiquer une sorte de filtrage des élèves et du personnel, en demandant à ces derniers de présenter leur carte d'étudiant ou de professionnel ; ce qui, bien entendu, n'a pas été très bien vu. De plus, lorsque les étudiants se sont présentés à la faculté, ils ne pouvaient pas y accéder car les vigiles l'occupaient et se seraient permis de les narguer. A cela s'ajouteraient des moqueries, des insultes, et apparemment des photos d'étudiants tout à fait illégales. Face à diverses altercations, la colère a fini par faire surface. Enervés de ne pas pouvoir rentrer dans les locaux, des étudiants, accompagnés par des enseignants, ont essayé de forcer les portes de l'entrée principale. Les CRS sont donc arrivés pour s'interposer entre d'une part le Président de l'Université et la compagnie privée de surveillance qu'il avait engagé, et qu'autre part, les élèves et leurs professeurs qui avaient formé une chaîne humaine et qui demandaient la démission de Loïc Vaillant, qualifié de "dictateur du gouvernement Pécresse".

De son côté, le Président de l'Université s'est permis d'envoyer un message électronique à tous les étudiants en disant que la tentative de réouverture du site des Tanneurs s'est faite dans "des conditions normales". Est-ce normal d'engager une compagnie privée afin de prévenir tout nouvel essai de déplacement de tables et de chaises et d'éviter un nouveau blocage ? En outre, la matinée mouvementée n'est pas du tout décrite de la même manière que les étudiants. Dans l'e-mail, il est écrit que des étudiants se seraient placés devant l'amphithéâtre Thélème et qu'ils auraient forcé une porte. Ce serait donc pour maintenir la sécurité du site que les agents (dont le comportement n'est pas évoqué) les auraient repoussé en les maintenant à l'extérieur. Puis, une quinzaine de policiers auraient pris place, sans intervenir, à l'extérieur de l'amphithéâtre, pour éviter que la situation ne s'envenime. Enfin, le site des Tanneurs et ses annexes ont été fermés pour la journée, afin de mettre fin à la grande agitation.

Ce sont donc deux versions qui se sont opposées aujourd'hui, et qui se sont ensuite affrontées lorsque, à la demande des représentants du mouvement, une délégation a été reçue par le Président de l'Université. A l'issue de cette rencontre, il a été décidé d'ouvrir Thélème pour la tenue d'une assemblée générale. Celle-ci a revoté le blocage selon des modalités quasi identiques à la semaine précédente. Cette fois, le blocage sera passif, c'est-à-dire que les cours n'auront pas lieu mais que les étudiants voulant accéder à un ordinateur ou à la bibliothèque universitaire pourront entrer dans l'université.

Bien entendu, cette décision ne plaît pas à Loïc Vaillant, qui se souvient avoir favorisé les moyens d'expression des étudiants et des enseignants-chercheurs en grève (mise à disposition d'amphithéâtres, envoi de messages par les organisations syndicales notamment), mais être en totale opposition avec le blocage. Par contre, il annonce rester "ouvert à toutes les modalités d'action (par exemple une journée blanche par semaine, absence de sanction pour non-présence aux cours, réunions, assemblées générales...)". Il rappelle également les décisions du congrès, ainsi que sa volonté de "continuer à agir pour que les réformes" qu'il qualifie de "nécessaires", soient menées à bien et dans le calme. De plus, sa crainte par rapport au mouvement actuel s'exprime face à la journée portes ouvertes de samedi prochain 14 mars, événement important qui doit se dérouler dans les meilleurs conditions d'accueil possibles.
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# Posté le mercredi 11 mars 2009 14:16

Que penser des 1318 voix en faveur de la levée du blocage ?

Que penser des 1318 voix en faveur de la levée du blocage ?
9 mars 2009

Dimanche 8 mars à 16h, la consultation des étudiants de l'université de Lettres, Arts et Sciences humaines prenait fin. A 19h, chaque étudiant recevait sur sa boîte mail les résultats du vote, destiné à répondre à la question : "Etes-vous pour la levée du blocage afin de respecter le calendrier universitaire ?". On pouvait lire :
Inscrits : 6 086
Votants : 2 142, soit 35 % de participation
Blancs : 255
Suffrages exprimés : 1 887
Oui : 1 318 soit 70% des suffrages exprimés
Non : 569

Autrement dit, la majorité des étudiants votants demandait la levée du blocage et la reprise des enseignements.

On pouvait donc penser que ce matin, lundi 9 mars, les cours reprendraient dans le calme. Mais, à 9h30, on apercevait une masse d'étudiants devant les portes de la faculté des Tanneurs, toujours bloquée. Certains tentaient d'ouvrir les portes en les secouant, en les forçant ou en tapant dessus. La plupart venaient pour étudier et réviser à la bibliothèque universitaire, mais cela leur était impossible malgré l'affiche : "Fac bloquée. B.U. ouverte". Comment y accéder si les portes sont closes ?

L'observation que l'on a pu faire aujourd'hui est-elle surprenante ? Pensiez-vous que le blocage cesserait aussi rapidement et sans contestation ? Après tout, jeudi 5 mars, à l'assemblée générale étudiante de 16h, avait été déclaré que le vote organisé par la Présidence de l'Université ne serait pas pris en compte. Peut-être que les syndicats et les étudiants mobilisés pressentaient un tel aboutissement et ne voulaient pas arrêter leur action. De plus, même si le Président de l'Université se félicite du fort de taux de participation - ordinairement de 15% - on peut souligner que seulement 35% des étudiants de la faculté des Tanneurs ont pris la peine de voter ce week-end. Et ce même nombre constitue un faible taux de participation du point de vue étudiant.

Par conséquent, le résultat du vote est-il contestable ? Il est difficile d'y répondre clairement. On peut juste dire que les étudiants qui se sont exprimés l'ont fait en faveur de la levée du blocage, et qu'ils l'ont fait dans des conditions d'influence nulle - contrairement au vote à main levée des AG. Et ces mêmes personnes étaient aujourd'hui persuadées que les cours reprendraient. Mais, elles se sont levées pour rentrer aussitôt chez eux, puisque le vote n'a bel et bien pas été "respecté". Par contre, il semble que l'UNEF a pris en compte l'aboutissement de la démarche du Président de l'Université puisque, ce soir, le syndicat fait circuler le message que les cours reprendront demain.



Iconographie : http://www.univ-tours.fr/1236623378157/0/fiche___actualite/&RH=ACCUEIL_FR


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# Posté le lundi 09 mars 2009 13:48

Modifié le mardi 24 mars 2009 13:45

Réactions face au blocage qui continue

Réactions face au blocage qui continue
5 mars

Comme on pouvait s'en douter, la levée du blocage de l'université des Tanneurs n'a pas été voté aujourd'hui à 16h. Après une manifestation sous la pluie qui débutait à 14h, les étudiants présents ont choisi de continuer leur action. Par conséquent, les mots du Président de l'Université, Loïc Vaillant, restent les mêmes que mardi 3 mars, à savoir ne pas se rendre sur les sites concernés puisque les enseignements sont tous suspendus.

Cependant, plusieurs professeurs sont en contact avec leurs élèves, notamment par e-mail. Ne pouvant pas assurer leurs cours, ils souhaitent que les étudiants soient pénalisés le moins possible. C'est pourquoi, ils donnent aux étudiants des conseils bibliographiques pour acquérir, seuls, de nouvelles connaissances. Malheureusement, la bibliothèque universitaire est inaccessible. Mais non loin du site des Tanneurs se trouve la bibliothèque municipale, qui est gratuite. C'est donc un travail via internet que proposent plusieurs enseignants, qui, même s'ils ne sont pas vraiment en faveur du blocage, affirment leur soutien aux étudiants.

Bien que soutenus, ceux-ci pourraient toutefois voir leur action s'arrêter assez rapidement puisque, à partir de demain (vendredi 6 mars) à 9h, la Présidence de l'Université organise, comme elle l'avait annoncé, un grand vote parmi tous les étudiants pour décider ou non de la continuité du blocage. La consultation aura lieu via la messagerie électronique et se terminera dimanche 8 mars à 16h. Les résultats seront communiqués par e-mail ce même jour. La suite, donc, à la fin de la semaine...
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# Posté le jeudi 05 mars 2009 13:55

Modifié le mardi 24 mars 2009 13:43

L'université des Tanneurs bloquée pendant trois jours

3 mars

Cela faisait des semaines que la rumeur courait. Dans les couloirs de la faculté des Tanneurs, on pouvait entendre : "Lundi, l'université sera bloquée", "Il paraît que la fac sera bloquée la semaine prochaine", "Après les vacances, il y aura un blocage". Ces phrases étaient écoutées, mais ça n'allait pas plus loin. Rien de concret n'était observable. Jusqu'à hier, lundi 2 mars, où les étudiants présents dans l'amphi Thélème, aux côtés des syndicats UNEF et Sud étudiant, ont voté le blocage de l'université du 3 au 5 mars à 16h.

Comment en sont-ils arrivés à cette décision ? Après de nombreuses semaines de grève et plusieurs manifestations, avez-vous observé de grandes avancées ? Pas du tout. Les étudiants n'ont pas trouvé de réponse correcte à leurs réclamations. Par conséquent, pour se faire plus amplement entendre, un moyen redoutable à été choisi : le blocage. De cette façon, toute l'université est paralysée et tous les élèves sont embêtés puisqu'ils ne peuvent pas aller en cours ou à la bibliothèque, et donc préparer leurs examens finaux.

Mais, cette action est contestée. Tout d'abord, il l'est par des étudiants qui sont, eux, favorables aux nouvelles réformes, ou qui ne se sentent tout simplement pas concernés. Ensuite, par des élèves qui se prononcent contre les modifications que veut instituer le gouvernement, mais qui s'inquiètent pour leur partiel et leurs futurs années d'études. En effet, le semestre blanc est bien parti. Cela veut dire pas de cours, donc pas de nouvelles connaissances acquises grâce à un enseignant chercheur, donc beaucoup de travail personnel en lisant des ouvrages ; mais comment accéder à la bibliothèque universitaire avec le blocage ? Cependant, n'oublions pas que les partisans du blocage sont eux-mêmes pénalisés pour les mêmes raisons. De plus, on ne peut pas vraiment dire que les professeurs soient favorables à l'action. Madame Tourraton, qui enseigne l'Allemand, pense principalement aux étudiants, tout simplement arrêtés dans leur apprentissage. Elle aurait préféré ne pas en arriver là. Mais "après tout", déclare-t-elle, "si c'est le seul moyen de se faire entendre...".

Enfin, le blocage connaît une grande opposition de la part de la Présidence de l'Université, qui a publié ce matin un communiqué sur le site de la faculté (http://www.univ-tours.fr), disant que "le site des Tanneurs (Fromont et Ursulines inclus) a été bloqué par une minorité d'étudiants, empêchant ainsi son fonctionnement normal". De plus, "La Présidence de l'Université rappelle que si elle a toujours favorisé les moyens d'expression, elle s'est systématiquement opposée au blocage, état de fait qu'elle réprouve". Comment comprendre ce message ? Faut-il détecter une certaine colère, ou peut-être un agacement ? Y a-t-il tentative de discréditer le mouvement en utilisant l'expression « une minorité d'étudiants » (et est-ce vraiment une minorité ?) ? Je pense que le Président de l'Université désapprouve le blocage pour les mêmes raisons que les enseignants, car rappelons-le, l'une des volontés de la faculté de Tours est avant tout de ne pas pénaliser les étudiants. Tout est donc mis en oeuvre pour continuer cette politique, ou du moins pour essayer. Afin d'éviter à certains un long trajet inutile, tous les enseignements sont suspendus, et les étudiants sont appelés à ne pas se rendre sur les sites concernés avant la fin du blocage. Mais quand celle-ci aura-t-elle lieu ? Certainement pas jeudi à l'AG étudiante de 16h. Mais, dans les jours qui viennent, un grand vote parmi tous les étudiants sera organisé par la Présidence de l'Université pour que tout le monde s'exprime sur le blocage : faut-il ou non le lever ? En attendant, tous les élèves sont invités à visiter régulièrement leur boîte mail sur laquelle ils recevront des messages leur indiquant l'évolution de la situation.
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# Posté le jeudi 05 mars 2009 13:32

Modifié le samedi 07 mars 2009 07:45