Depuis maintenant deux semaines, un homme, que les Tourangeaux appellent « le papa de Nora », a entamé une grève de la faim, d'abord place Jean Jaurès, puis devant la préfecture. Il se bat pour que sa petite fille de quatre ans, adoptée en Algérie, obtienne des papiers.
Aujourd'hui, le papa a craqué. Sa fille n'est reconnue par aucun organisme, donc les parents ne touchent aucune aide, aucune allocation. Elle ne peut pas aller à l'école, donc la maman a dû quitter son travail pour s'occuper de l'enfant. Les parents ont du mal à s'en sortir et n'en peuvent plus de se battre face à un préfet qui semble faire la sourde oreille. C'est sans doute pour cela que ce 17 mars, le papa de Nora a opté pour une action forte : il a décidé de s'immoler.
Seulement, après la mise en pratique de cette solution qui devait lui paraître radicale, l'homme n'a pas été conduit à l'hôpital mais au commissariat de police. Cette nouvelle a retentit dans la ville, et a fait énormément de bruit à la faculté des Tanneurs. Des étudiants suivaient le papa de Nora depuis le début de son combat. Aujourd'hui, à 15h30, ils accourent dans l'amphithéâtre Thélème, où une assemblée générale a lieu pour décider de la suite du mouvement étudiant, toujours d'actualité. Suite à leur annonce, la réunion prend rapidement fin. Tout le monde sort, direction la préfecture.
Arrivés devant celle-ci, les étudiants se retrouvent devant des portes closes, et aperçoivent des policiers dans la cour. Ils se mettent alors à crier : « Des papiers pour Nora ! Des papiers pour Nora ! », puis « Préfet, police, gardiens des lois racistes ! ». Le ton monte, les jeunes veulent exprimer le grand soutien qu'ils accordent au papa de la petite fille. Ils secouent le grand portail de la préfecture, demandent au préfet de sortir. Mais en vain. C'est alors qu'un jeune homme se détache du groupe et escalade le mur qui englobe le bâtiment. Une fois en haut, il se tourne pour parler à tous ses camarades puis s'approche du drapeau français, hissé. A peine l'a-t-il touché que, derrière lui, surgit un immense nuage de gaz lacrymogène qui l'oblige à descendre et qui se répand avec le vent sur les autres mobilisés.
Tout le monde se disperse, tout le monde tousse. La gorge brûle, le nez pique, les yeux deviennent rouges. Certains se mettent à pleurer. Des insultes jaillissent. La colère s'envenime. Les étudiants reviennent encore plus énervés et se mettent à hurler de plus belle. « Comment ont-ils pu faire ça ? », entend-t-on, « On ne faisait rien de mal », « Ils auraient pu nous prévenir, un petit 'attention' aurait été le bienvenu ». « Ce n'est pas de la fumée qui va nous faire arrêter ! », s'exclame une jeune fille. Et ses paroles sont tout à fait justes ; les étudiants des Tanneurs restent devant la préfecture pendant deux bonnes heures.
Enfin, après avoir appris que le papa de la petite fille allait être transféré à l'hôpital psychiatrique sous l'ordre du préfet de Tours, ils décident de se retrouver le lendemain, à 14h, place Jean Jaurès, pour une manifestation de soutien à la famille de Nora. Il faut juste espérer que le cortège restera calme et qu'aucune vengeance envers les policiers ne sera envisagée.
